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Faut-il tout dire ? Choix et silences dans un récit de vie

  • Photo du rédacteur: Véronique Jeannin
    Véronique Jeannin
  • il y a 19 heures
  • 3 min de lecture
Dans un récit de vie, les silences comptent parfois autant que les mots.
Dans un récit de vie, les silences comptent parfois autant que les mots.

Lorsque l'on entreprend d'écrire sa biographie, une question finit presque toujours par se poser : Faut-il tout raconter ? La réponse est non.

Raconter sa vie ne signifie pas ouvrir toutes les portes, révéler chaque secret ou restituer chaque événement dans ses moindres détails. Un récit de vie est avant tout un choix : celui de ce que l'on souhaite transmettre, mais aussi de ce que l'on préfère garder pour soi.


Tout souvenir n'a pas nécessairement sa place dans un livre

Une vie est faite d'une multitude d'événements. Certains sont fondateurs, d'autres anecdotiques. Certains nous ont profondément transformés, tandis que d'autres n'ont laissé qu'une trace fugace.

Le rôle de l'écrivain biographe est notamment d'aider à distinguer ce qui est important pour le narrateur de ce qui peut être intéressant pour le lecteur. Car un livre n'est pas la transcription intégrale d'une existence. Il en est une construction.

Au fil des entretiens, certains souvenirs prennent naturellement davantage de place. Une rencontre, une décision, une épreuve ou une période particulière peuvent éclairer toute une partie du parcours. À l'inverse, certains épisodes, même très précis dans la mémoire du narrateur, n'apportent pas nécessairement quelque chose au récit.


Les silences ont aussi leur place

Il existe également des souvenirs que l'on ne souhaite pas raconter. Et cela doit être respecté.

Dans mon travail de biographe, je considère que le narrateur reste toujours maître de son histoire. Il peut décider de parler d'un événement, de n'en évoquer qu'une partie ou de ne pas l'aborder du tout.

Le silence n'est pas forcément un manque. Il peut être une limite que l'on choisit de poser. Il peut aussi être une forme de pudeur, de protection ou simplement la volonté de conserver certaines choses dans la sphère intime.

Un récit de vie n'a pas besoin de tout montrer pour être sincère.


Le rôle essentiel de la confiance

C'est pourquoi la relation entre le biographe et son narrateur est si importante.

Pour pouvoir raconter une histoire avec justesse, il faut d'abord pouvoir parler librement. Cette liberté ne peut exister que dans un climat de confiance et de respect.

Au fil des entretiens, le narrateur comprend que son biographe n'est pas là pour juger, mais pour écouter et comprendre.

Cette relation permet parfois d'aborder des sujets difficiles. Mais elle permet également de décider ensemble qu'un passage n'a pas sa place dans le livre.

L'écriture d'une biographie est donc aussi un exercice de discernement.


Dire pour transmettre, pas simplement pour tout déposer

Il existe une différence entre raconter pour se libérer et raconter pour construire un livre. Dans le premier cas, la parole peut suivre librement le fil des souvenirs, avec ses émotions, ses digressions et ses contradictions. Dans le second, l'écrivain doit ensuite transformer cette matière en récit. Il faut trouver un fil conducteur, organiser les événements, donner du rythme, faire émerger les moments importants et permettre au lecteur de comprendre ce qui relie les différentes étapes d'une vie. C'est ce travail qui permet à un ensemble de souvenirs de devenir une véritable histoire.


Et lorsque d'autres personnes sont concernées ?

La question peut devenir plus délicate lorsqu'un récit évoque des proches : parents, enfants, conjoints, amis ou collègues. Le narrateur raconte son propre vécu, mais son histoire croise nécessairement celle d'autres personnes. Il faut alors réfléchir à la manière de les évoquer, aux informations que l'on souhaite rendre publiques et à ce qui pourrait porter atteinte à leur intimité. Là encore, le choix des mots est essentiel. Le biographe accompagne cette réflexion avec un regard extérieur, en gardant à l'esprit à la fois la fidélité au vécu du narrateur et la construction d'un récit qui puisse être lu et compris par d'autres.


Finalement, que faut-il raconter ?

Ce qui mérite d'être raconté n'est pas nécessairement ce qui est le plus spectaculaire. C'est souvent ce qui permet de comprendre une personnalité, une trajectoire, une évolution. Un événement apparemment ordinaire peut prendre une grande importance lorsqu'il éclaire un choix, une relation ou une manière de voir le monde. À l'inverse, un épisode particulièrement spectaculaire peut parfois être laissé de côté s'il n'apporte rien à l'histoire que l'on souhaite transmettre.

Écrire un récit de vie, c'est donc choisir.

Choisir les souvenirs. Choisir les mots. Choisir ce que l'on transmet et ce que l'on garde dans le silence. Et c'est précisément ce travail de sélection qui permet à une histoire personnelle de devenir un livre.


Une histoire n'a pas besoin de tout dire pour dire l'essentiel

Lorsque j'accompagne une personne dans l'écriture de son histoire, mon objectif n'est pas de tout faire entrer dans le livre. Il est de faire émerger ce qui compte. Parce qu'au fond, transmettre son histoire ne consiste pas à tout raconter.

C'est donner aux autres les clés pour comprendre ce qui a fait de cette vie une vie unique. 


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Véronique Jeannin,
écrivain biographe

25, rue de la Mauvraie

44 440 Riaillé

 

SIRET 491 912 580 00025

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